(Charny – Quartier 21 – Lot 35)
(1875-1967) : L’architecte du développement de Charny
Né le 22 février 1875 à l’Hêtrière, Pierre Fontaine est issu d’une lignée de bâtisseurs profondément enracinés dans le sol lévisien. Son grand-père, Bélonie Fontaine, s’était établi à l’Hêtrière dès 1844, tandis que son oncle Édouard marquait l’histoire commerciale de Chaudière Junction dès 1880. Héritier de ce sens des affaires, Pierre Fontaine allait transformer le paysage rural en un véritable carrefour urbain.
Une vision urbanistique précoce
En 1899, alors qu’il n’a que 24 ans, il acquiert un lot de terre névralgique au cœur de ce qui deviendra Charny. Là où d’autres voyaient des terres agricoles traditionnelles, Pierre Fontaine perçoit le potentiel de l’expansion ferroviaire. Il entreprend alors de structurer le territoire :
- Développement résidentiel : Il consacre la partie nord de sa terre, adjacente à la cour de l’Intercolonial, à la construction de maisons pour les travailleurs du rail.
- Tracé des rues : Il n’attend pas les plans municipaux pour agir ; il ouvre lui-même les rues qui définiront la trame urbaine du quartier.
- Don pour la communauté : En 1903, il cède gratuitement un terrain à la toute nouvelle paroisse de Charny pour y établir le cimetière, un geste qui confirme son rôle de pilier communautaire.
Du laboureur au promoteur foncier
En 1908, Pierre Fontaine conserve encore environ 30 arpents en culture du côté sud, mais son analyse du marché est sans appel : la terre est plus rentable lorsqu’elle accueille des familles que lorsqu’elle produit des récoltes. Son succès est fulgurant : en 1930, on compte 103 maisons bâties sur ses anciens lots, témoignant de l’explosion démographique de Charny.
Un magistrat dévoué à la valeur foncière
Son implication politique est indissociable de sa vision de promoteur. Élu conseiller en 1903, il occupe le fauteuil de maire de Charny de 1909 à 1925. Durant ses 16 années à la mairie, sa priorité demeure l’amélioration des services municipaux. Pour Pierre Fontaine, l’installation de l’aqueduc, l’amélioration des chemins et l’éclairage ne sont pas que des services publics : ce sont des leviers essentiels pour augmenter la valeur des propriétés et la qualité de vie des citoyens.
Faits historiques et sources
- Le contexte de la « Pointe-Lévis » et de l’Intercolonial : La terre acquise en 1899 se situe près du raccordement des chemins de fer de l’Intercolonial et du Grand Tronc. À cette époque, Charny devient l’un des centres ferroviaires les plus importants de l’est du Canada. L’intuition de Pierre Fontaine de construire des résidences au nord de la cour de triage répondait à un besoin criant de logement pour les employés de la canadienne-nationale (futur CN).
Source : Histoire de Lévis, par l’historien Jean-Pierre Bazinet, section sur le développement des pôles ferroviaires. - Le passage de Chaudière Junction à Charny (1903) : C’est précisément l’année où Pierre Fontaine donne le terrain pour le cimetière que le nom « Charny » commence à s’imposer, en l’honneur de Charles de Lauson de Charny, ancien gouverneur de la Nouvelle-France. Pierre Fontaine est donc l’un des signataires moraux de la naissance de l’identité charnycoise.
Source : Commission de toponymie du Québec, notice sur l’ancienne municipalité de Charny. - Le modèle de la « Company Town » sans la compagnie : Contrairement à d’autres villes où c’est le chemin de fer qui construisait les maisons, à Charny, c’est l’initiative privée de citoyens comme Pierre Fontaine qui a permis aux ouvriers de devenir propriétaires de leur terrain. Son action a favorisé une plus grande stabilité sociale dans la municipalité.
Source : Société d’histoire d’autobus et de chemins de fer (SHACF), archives sur les quartiers ouvriers de la Rive-Sud. - La structure municipale : En devenant maire en 1909, il succède aux premiers balbutiements de l’organisation municipale. Son long mandat (1909-1925) couvre la période de transition entre un village de gare et une cité structurée.
Source : Répertoire des maires de la ville de Lévis, Archives municipales.
