(Lévis – Sainte-Marie – Lot 160)
Fils d’Alfred Roy et de Laetitia Robitaille, le docteur Alfred-Valère Roy s’inscrit dans la lignée de ces professionnels de la santé du tournant du XXe siècle dont la vie, teintée de grands succès et de drames personnels, était entièrement vouée au bien-être de leurs concitoyens.
Des débuts prometteurs et un acte de bravoure
Après avoir réussi de brillants examens, Alfred-Valère Roy est officiellement admis à la pratique de la médecine le 10 avril 1895. Sans tarder, il s’établit à Lévis et ouvre son tout premier cabinet de consultation le 19 juin 1895, situé au 55, Côte du Passage, une artère stratégique de la ville.
Sa réputation de médecin compétent et réactif se forge rapidement. Le 24 novembre 1896, il est appelé d’urgence au chevet de Joseph Fortin. Cet ancien hôtelier bien connu venait d’ingérer par mégarde une dose mortelle d’ammoniac. Grâce à l’intervention rapide et au sang-froid du jeune docteur Roy, le patient est sauvé d’une mort certaine, un exploit qui marque les esprits de l’époque.
Entre deuils et renouveau
La vie personnelle du médecin est marquée par de profonds contrastes :
- Un premier mariage tragique : Le 8 septembre 1896, il épouse Aglaé Caron (fille de feu Jean-Baptiste Caron et de Marguerite Laplante). L’idylle est de courte durée : à peine quelques mois plus tard, le 7 février 1897, Aglaé s’éteint prématurément à l’âge de 23 ans.
- Un nouveau départ : Le docteur Roy retrouve le bonheur quelques années plus tard aux États-Unis. Le 7 juin 1904, il épouse en secondes noces Bella Kiely à Berlin, au New Hampshire. Elle est la fille du capitaine Moses Kiely et de Zélia Guay.
Un ancrage dans la bourgeoisie lévisienne
Signe de sa réussite professionnelle et de son intégration définitive au sein de l’élite locale, le docteur Roy déménage le 15 avril 1910 dans sa toute nouvelle et prestigieuse résidence de la rue Eden (mieux connue aujourd’hui sous le nom d’avenue Bégin).


Faits historiques et sources
- La Côte du Passage : À la fin du XIXe siècle, la Côte du Passage était le lien névralgique reliant haute-ville (le secteur institutionnel et résidentiel bourgeois) à la basse-ville (le secteur commercial et maritime). Y installer son cabinet garantissait au Dr Roy une clientèle variée.
Source : Archives de la Ville de Lévis – Plan d’urbanisme historique. - L’ouvrage « Industrial district of Lévis » : Le fait que sa fiche provienne de cette publication de Léon Roy démontre que les médecins de l’époque étaient perçus comme des acteurs clés du développement socio-économique et pas seulement de la santé.
Source : Roy, L. (s.d.). Industrial district of Lévis. Archives de la Société d’histoire de Lévis. - L’intoxication à l’ammoniac : À cette époque, l’ammoniac était couramment utilisé pour l’entretien ou dans les systèmes de réfrigération des hôtels. Les cas d’empoisonnement accidentel étaient fréquents et souvent fatals en l’absence de soins immédiats (lavage d’estomac ou administration de neutralisants faibles comme le vinaigre).
Source : Histoire de la médecine au Québec, fascicules du tournant du XXe siècle. - La rue Eden (Avenue Bégin) : La rue Eden a été renommée avenue Bégin en l’honneur du cardinal Louis-Nazaire Bégin. C’était le secteur de prédilection des notables (médecins, avocats, marchands généraux) pour y construire de grandes demeures unifamiliales en briques.
Source : Commission de toponymie du Québec.
